1. Apprendre à décrypter l’information

Toute possibilité de partager sur le sens avec d’autres permet de s’arracher à un monde insensé, dans lequel le sujet n’a plus de place. Poser des questions, parler, écrire, créer et s’interroger sur ce que l’on a exprimé, c’est chercher à donner du sens à nos existences, à l’ordre du monde dans lequel on vit, c’est vouloir comprendre pour pouvoir se situer dans ce monde et dans ses relations avec autrui.

Majo Hansotte (dans Declic citoyen/Le Monde selon les femmes)

Aborder une thématique sociale pour la traiter dans une histoire digitale personnelle nécessite de poser un regard critique sur la manière dont le sujet est traité dans les médias.

L’exemple du thème : emploi et protection sociale

Lors d’un atelier, certains participants avaient perdu leur emploi dans le cadre d’une procédure de licenciement collectif. Ils ont choisi de parler de ce moment de leur parcours professionnel.

Après avoir expliqué que le domaine dans lequel ils travaillaient auparavant avait de plus en plus recours à une main d’oeuvre originaire des pays de l’Est de l’Europe, la problématique du dumping social a été évoquée. Pour glisser, dans son histoire personnelle, une information sur le sujet, une recherche a été nécessaire.

Celle-ci a requis une analyse de la source des documents trouvés sur Internet. Ce fut l’occasion de sensibiliser les participants au traitement de l’information dans les médias. Pour cela, nous avons utilisé l’outil de l’asbl Culture & Santé : la presse quotidienne en Belgique francophone1 ainsi que le dossier pédagogique Contrastes consacré aux médias2.

Le support d’animation de Culture & Santé explore certains critères de sélection et de hiérarchisation qui guident les décisions de chaque rédaction.

Sans être exhaustifs, les critères présentés permettent d’avoir une vue d’ensemble des mécanismes qui influencent les choix d’actualité des médias. En prendre connaissance, en être conscient permet de se positionner de manière critique face aux médias d’information.

En décrivant ces différents types de quotidiens, les participants découvrent que tous n’ont pas les mêmes ambitions, ne visent pas les mêmes publics, n’opèrent donc pas les mêmes choix en matière de sélection et de hiérarchisation de l’information.

La problématique du dumping social permet aussi d’aborder la question des syndicats. Qu’est-ce qu’un syndicat ? Quelles sont les positions de ceux-ci sur la question du dumping social ? C’est aussi l’occasion d’évoquer la concertation sociale3.

Chacune des six thématiques proposées par les Equipes Populaires fait l’objet de publications et d’outils d’animation qui permettent d’aller plus loin dans la réflexion, d’affiner son analyse. De cette façon, chaque histoire digitale créée pourra susciter le débat et sera une entrée en matière intéressante lors de séances d’animation ultérieures, avec d’autres groupes.

  1. La presse quotidienne en Belgique francophone, Culture & Santé asbl, Éducation permanente 2010.
  2. Médias, les défis du 4ème pouvoir, Contrastes, dossier pédagogique des Equipes Populaires n° 158 – Septembre – Octobre 2013
  3. Droit de grève et droit au travail : amis ou ennemis ? Contrastes, dossier pédagogique des Equipes Populaires, n° 166. Janvier – Février 2015

Pour consulter la liste des publications des Equipes Populaires : www.equipespopulaires.be Les thématiques des Equipes Populaires

Je partage ce que je sais de l’écriture et du monde, un rapport politique au monde, aussi, avec des gens qui ont accumulé une série de savoirs : savoir divorcer, savoir être licencié, savoir être battue par son mari... Des savoirs positifs et négatifs, mais qui, du moins quand on n’est pas passé par la fenêtre, donnent une certaine force.
Ricardo Montserrat, écrivain et auteur dramatique

Après avoir approfondi et affiné la connaissance d’un thème, les participants composent leur récit en plongeant dans un épisode significatif de leur parcours en lien avec la thématique choisie. Celui-ci peut prendre des formes différentes… Parfois quelques mots bien choisis seront percutants). Ils racontent une (leur) histoire qui sera illustrée par des images, photos, sons, musique glanés sur Internet.


2. Brainstorming

brainstorming2A partir de la présentation des six thématiques autour desquelles s’articulent les actions et les animations des Equipes Populaires, les participants aux ateliers vont choisir un épisode significatif de leur parcours de vie, le raconter en quelques lignes (350 mots environ) selon une structure narrative. Ils choisiront ensuite des images pour illustrer leur récit.

Pour cela, un brainstorming est proposé au groupe. A partir d’un mot central (un thème) des mots vont être associés.

Chaque participant va être invité à créer sa propre « fleur » autour du sujet central qu’il souhaite traiter. Il écrira ensuite une anecdote qui sera l’accroche de son histoire digitale.

A partir des sujets choisis, les participants s’engageront dans un processus plus analytique : que m’évoque ce sujet, comment ai-je vécu cette situation, ce qui m’a aidé à surmonter cette difficulté ?
Quel est le message que je voudrais faire passer à travers mon histoire ? Les participants seront invités à résumer en une phrase l’idée principale de leur histoire.


3.Le scénario

(ré)apprendre comment raconter une histoire

Cet acte de relater un événement, un épisode de son parcours peut sembler aller de soi. Pourtant, composer un texte de 300 mots qui concentre l’essentiel des informations utiles à la compréhension de son histoire, peut paraître difficile. A quoi faut-il être attentif ? Quels sont les éléments incontournables à glisser dans son histoire ? Il est rare que l’on pose un regard analytique sur ce qui est nécessaire à la composition d’un récit. La première étape pour créer une histoire digitale est donc de raconter avec des mots simples ce dont il sera question dans celle-ci.

La pratique nous montre que structurer un récit se fait assez naturellement. Il arrive bien sûr que trop de détails nuisent à la compréhension auquel cas, il faudra opter pour ne garder que ceux qui sont réellement utiles à la compréhension du récit. Il arrive aussi que dans une seule histoire, on puisse creuser quatre thématiques différentes. Il faut alors privilégier un angle d’attaque. Par exemple, un participant amena dans son récit, le fait qu’il avait vécu trois ans sans papiers et que son mariage avec une Belge fut un échec, trop de choses les séparaient… Deux thématiques qui ont toutes deux un intérêt mais qui traitées conjointement dans la même histoire perdrait de leur force.

shema actanciel

Un chercheur américain s’est demandé ce qui plaisait dans telle ou telle histoire. Il a donc disséqué ces histoires à partir d’une grille de lecture familière aux professeurs de français. Il s’agit du schéma narratif ou modèle actantiel de Greimas, linguiste et sémioticien né en Russie, qui développa ses recherches en France. Son schéma permet de décomposer une action en six facettes ou actants.

Les contes de fée sont structurés selon ce schéma. Le héros (par exemple, le prince) est celui qui part en quête d’un objet (par exemple, la princesse délivrée). Le destinateur (par exemple, le roi) est ce qui incite à faire l’action, alors que le destinataire (par exemple, le roi, la princesse, le prince) est celui qui en bénéficiera. Enfin, un adjuvant (par exemple, l’épée magique, le cheval, le courage du prince) va aider à la réalisation de l’action, tandis qu’un opposant (par exemple, la sorcière, le dragon, la fatigue du prince et un soupçon de terreur) va tenter d’empêcher la réalisation de l’action.
Dans chaque histoire on va retrouver ces éléments même si les héros d’aujourd’hui ne sont ni prince ni princesse mais des personnes à la recherche d’un emploi, d’un logement, d’un permis de séjour…

Plus le nombre de ces éléments dans une histoire est élevé plus elle plaira au spectateur.

Si les détails d’une histoire sont relativement faciles à exprimer, ce sont les nuances qui font la différence.

Raconter une histoire tout simplement sera plus efficace que d’émettre des jugements, des analyses, des explications. Ainsi si l’on souhaite expliquer combien le patron qui nous a licencié n’était pas à la hauteur, il est plus judicieux de glisser des éléments qui vont permettre de comprendre que ce patron était incompétent plutôt que d’utiliser une phrase telle que "Mon patron était idiot".

Lorsque Saïda raconte qu’elle a été choquée par les préjugés que lui renvoyait une employée du Forem, il est plus judicieux de glisser quelques photos qui illustrent ceux-ci plutôt que de dire : "L’employée était raciste."

Quelques points à garder à l'esprit lors de l'élaboration d'une bonne histoire:

  • Déterminer à qui s’adresse l’histoire
  • Avoir un début (une situation initiale). Celui-ci doit répondre aux questions où, qui, quand.
  • Avoir un milieu : un moment où une transformation, un événement nouveau surgit. Par exemple : affronter une perte. C’est l’histoire de Dulce qui a accompagné son père mourant. Ou bien l’histoire de Jessica qui a vécu dans la rue durant quelques mois ou l’histoire de Philippe qui a perdu son emploi lorsque l’usine dans laquelle il travaillait depuis plus de dix ans, a délocalisé ses activités…
  • Avoir une fin : sous forme d’une question posée en guise de conclusion, d’un dénouement heureux, d’une rencontre qui a tout changé…
  • Utiliser des détails concrets et de l'expérience personnelle : l’histoire est écrite en « Je ». Le spectateur pourra s’identifier et comprendre la motivation du narrateur, ses buts, ses décisions, les épreuves qu’il a surmontées. Il faut un ressort narratif, un rebondissement, une action. Il doit se passer quelque chose pour créer chez le spectateur, l’envie d’en savoir davantage.
  • Glisser du ressenti permettra aussi de faire écho chez le spectateur.

A chacun son histoire, unique…

Ernest Hemingway disait avoir réussi à raconter une histoire complète et déchirante en six mots:

À vendre: chaussures bébé, jamais portées.


4 Le story-board

(scénario associant commentaires et images)

Après avoir choisi les images qui accompagneront le commentaire (enregistré) il restera  à choisir une musique de fond sur un site où il est possible de télécharger des musiques libres de droits d’auteur. Tous ces éléments rassemblés dans un dossier (l’enregistrement du texte lu, les photos choisies et redimentionnées, la musique de fond, le montage pourra commencer avec un logiciel de montage simple et gratuit.

storyboard Page 2

En toile de fond se déploie la conviction que travailler l’imaginaire et donner l’accès aux mots, c’est marcher vers une plus grande justice sociale, car « la parole peut avoir une valeur de libération ». Tous les usages de la parole pour tout le monde » : voilà qui me semble êre une bonne devise, ayant une belle résonnance démocratique. Non pas pour que tout le monde devienne artiste, mais pour que personne ne reste esclave.

Muriel Durant, conteuse et philosophe.

Les hommes ont besoin de construire une représentation cohérente de leur être et de leur devenir, de percevoir l’historicité de leur existence.

Vincent de Gaulejac (Intervenir par le récit de vie, Erès 2008)

Les accidents de parcours tant personnels, familiaux que sociaux nous incitent à revoir notre copie (le premier récit) en repérant d’autres lieux possibles et en complexifient le tissage mais surtout en ouvrant le(s) sens à de nouveaux angles de vue. » Il s’agit d’opérer un choix, une sélection, d’élaborer une reconstruction parmi une multitude de lectures possibles : pas de critères d’évaluation.

Anne Marie Trekker, sociologue et écrivaine.

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